Santé des femmes : 30 ans pour comprendre ces vérités essentielles

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Imaginez une jeune fille de 12 ans, terrifiée, persuadée qu’elle est en train de mourir parce que personne ne lui a jamais parlé des règles. Cette jeune fille, c’était le Dr Nighat, aujourd’hui experte reconnue en santé des femmes, qui a mis plus de trois décennies à comprendre les vérités essentielles sur la santé féminine que notre société continue de taire. Son parcours, de son enfance au Pakistan à sa pratique médicale en Angleterre, révèle les lacunes profondes dans notre approche de la santé des femmes.

Dans cet article complet de plus de 3000 mots, nous explorerons en détail les réalités souvent ignorées de la santé féminine, des tabous culturels aux inégalités systémiques en passant par les défis quotidiens auxquels font face les femmes. Nous décortiquerons les enseignements précieux que le Dr Nighat a accumulés au fil de sa carrière et de son expérience personnelle, offrant ainsi une perspective unique et éclairante sur un sujet d’une importance capitale.

L’enfance au Pakistan : les premières confrontations aux tabous

Le Dr Nighat a grandi dans une ferme familiale au Pakistan, entourée de champs de coton et de canne à sucre. Son enfance fut marquée par une liberté relative, mais aussi par les premières limitations imposées par son genre. Je pensais vraiment que j’étais un garçon, raconte-t-elle, évoquant comment elle vivait principalement avec ses cousins masculins et développait des comportements typiquement attribués aux garçons.

Cette confusion identitaire trouvait sa source dans une réalité culturelle douloureuse : en tant que première fille de la famille, elle avait été accueillie avec déception par son grand-père. Il a déploré que ce ne soit pas un garçon, se souvient-elle. Cette réaction a instillé en elle une conviction profonde : je dois être meilleure que les garçons parce que je suis une fille. Cette pression précoce a façonné son caractère et sa détermination.

L’accès à l’éducation : un privilège refusé

Au Pakistan, l’accès à l’éducation lui était refusé. L’école locale se trouvait à cinq heures de marche, et sa grand-mère, terrifiée à l’idée que les filles puissent être kidnappées, préférait leur raser la tête pour les protéger. Cette pratique, combinée à l’interdiction de fréquenter l’école, renforçait son sentiment d’être un garçon manqué. Elle apprit à grimper aux arbres, à jouer dans les champs de canne à sucre, mais resta privée de l’éducation formelle dont bénéficiaient ses cousins masculins.

L’arrivée en Angleterre : une libération inattendue

À neuf ans, sa vie bascula lorsque sa famille émigra en Angleterre. Son père avait peint un tableau idyllique du pays : du soleil de mur à mur et des champs d’un vert luxuriant. La réalité fut tout autre : une pluie battante les accueillit à l’aéroport d’Heathrow, trempant complètement la robe d’été et les tongs de la jeune fille. Malgré cette entrée en matière décevante, le Royaume-Uni représenta une véritable libération.

La première révélation fut l’accès à l’éducation. Je peux aller à l’école, réalisa-t-elle avec émerveillement, se souvenant des corrections qu’elle avait reçues au Pakistan pour avoir simplement demandé à accompagner ses cousins à l’école. Cette opportunité d’apprentissage devint le fondement de son avenir, lui ouvrant des portes qui étaient restées fermées dans son pays natal.

L’adaptation à une nouvelle culture

La famille s’installa à Chesham, où le Dr Nighat vit toujours aujourd’hui, décrivant cet endroit comme le plus glorieux et merveilleux endroit. L’intégration fut facilitée par la communauté pakistanaise locale, mais présenta aussi ses défis. En tant que fille aînée de cinq enfants, elle devint rapidement l’interprète de la famille, apprenant l’anglais bien plus rapidement que ses parents.

Le choc des premières règles : un tabou dévastateur

À douze ans, le Dr Nighat vécu l’une des expériences les plus traumatisantes de son adolescence : l’arrivée de ses premières règles. Ma mère a été horrifiée quand j’ai commencé mes règles, se souvient-elle. L’horreur ne venait pas du phénomène naturel en lui-même, mais de l’incapacité de sa mère à communiquer sur ce sujet tabou.

La jeune fille de douze ans se retrouva avec du sang coulant le long de ses jambes, absolument mortifiée et convaincue qu’elle était en train de mourir. Aucune éducation préalable ne l’avait préparée à cette expérience, les cours d’éducation sexuelle à l’école n’ayant pas encore commencé. Sa mère lui tendit simplement les plus épaisses et grandes serviettes blanches qu’elle utilisait elle-même, avec pour seule instruction : tu dois utiliser celles-ci, c’est tout, ne m’en parle pas.

L’absence de vocabulaire approprié

Cette difficulté à communiquer sur la santé féminine trouvait ses racines dans un problème linguistique profond. Il n’y a pas de mots dans notre langue punjabi, explique le Dr Nighat. Il n’y a pas de mots pour vulve, vagin. Le mot pour ménopause est bungay, dont la traduction littérale est l’âge du désespoir. Cette carence linguistique reflète et perpétue les tabous entourant la santé reproductive des femmes.

De jeune interprète à médecin : un parcours semé d’embûches

Le rôle d’interprète familial que le Dr Nighat endossa dès son plus jeune age préfigurait sa future vocation médicale. À douze ans, elle traduisait déjà des symptômes de maladies graves lors de consultations médicales, sans toujours comprendre la gravité des situations qu’elle traduisait. Je traduisais des fausses couches, des infections urinaires, des symptômes de crise cardiaque ou d’AVC, raconte-t-elle.

Ce n’est que des années plus tard, à 41 ans, en pleine périménopause, qu’elle prit conscience de l’ironie de la situation : je traduis toujours les mêmes choses pour ma communauté. Cette prise de conscience renforça sa détermination à faire évoluer les mentalités et les pratiques en matière de santé féminine au sein des communautés immigrantes.

Les défis de la formation médicale

Son parcours pour devenir médecin fut semé d’obstacles, notamment lorsqu’elle fit une fausse couche pendant sa formation. Au lieu de bénéficier d’un congé maladie, elle dut utiliser ses congés annuels, illustrant le manque de considération pour les spécificités de santé des femmes même dans le milieu médical. Cette expérience personnelle renforça sa conviction que le système devait changer.

Les inégalités systémiques en santé féminine

Le Dr Nighat souligne un paradoxe troublant : nous partons avec un désavantage en tant que femmes, simplement à cause de notre biologie. Pourtant, seulement 1% du PIB mondial est consacré aux soins de santé des femmes. Ce décalage entre les besoins et les ressources allouées affecte la recherche, le traitement et la prévention de nombreuses conditions spécifiquement féminines.

Elle énumère les problèmes de santé qui touchent principalement les femmes et restent sous-diagnostiqués et sous-traités : l’agnomie, l’endométriose, le SOPK, la ménopause, la grossesse. Ces conditions, bien que courantes, souffrent d’un manque de reconnaissance et de financement pour la recherche, perpétuant les souffrances des femmes concernées.

Le poids du patriarcat médical

Le système médical lui-même est imprégné de biais patriarcaux qui minimisent ou ignorent les expériences et symptômes des femmes. De nombreuses femmes rapportent que leurs douleurs ne sont pas prises au sérieux, que leurs symptômes sont attribués à des causes psychologiques plutôt que physiologiques, et que leurs préoccupations spécifiques sont souvent écartées comme étant exagérées ou émotionnelles.

Les tabous culturels et leur impact sur la santé

Les tabous entourant la santé féminine varient selon les cultures, mais leurs conséquences sont universellement néfastes. Dans la communauté pakistanaise du Dr Nighat, l’absence de vocabulaire pour décrire les organes génitaux féminins ou les processus biologiques comme les règles ou la ménopause crée un silence qui empêche les femmes de chercher de l’aide ou même de comprendre ce qui leur arrive.

Les restrictions religieuses et culturelles s’ajoutent à ces tabous. Par exemple, pendant leurs règles, les femmes ne sont pas autorisées à entrer dans la mosquée, non pas parce que c’est considéré comme un péché, mais comme une forme de protection ou de purification. Cependant, ces pratiques sont rarement expliquées aux jeunes filles, créant confusion et sentiment de honte.

L’impact intergénérationnel

Ces tabous se transmettent de génération en génération. Les mères qui n’ont pas elles-mêmes reçu d’éducation sur leur corps reproduisent le silence avec leurs filles. Le Dr Nighat explique comment sa propre mère, bien qu’ayant mené une vie idyllique en tant que fille d’un directeur d’école dans une famille de 12 enfants, n’avait pas les outils pour parler de santé reproductive avec sa fille.

Changer la donne : conseils pratiques pour briser les tabous

Après plus de trente ans à naviguer dans ces réalités complexes, le Dr Nighat propose des solutions concrètes pour améliorer la santé des femmes et briser les tabous qui l’entourent. La première étape essentielle est l’éducation précoce et adaptée. La seule compétence que je veux enseigner à mes enfants, y compris mes garçons, affirme-t-elle, c’est la connaissance et le respect du corps féminin.

Voici les recommandations principales du Dr Nighat :

  • Éduquer les garçons autant que les filles sur la santé reproductive féminine
  • Créer des espaces de parole sécurisés où les femmes peuvent discuter de leur santé sans honte
  • Développer un vocabulaire approprié dans toutes les langues pour décrire la santé féminine
  • Former les professionnels de santé à reconnaître et traiter les conditions spécifiquement féminines
  • Augmenter le financement de la recherche sur la santé des femmes

L’importance de la représentation

Le Dr Nighat souligne l’importance cruciale d’avoir des professionnels de santé issus de diverses communautés culturelles. En tant que femme pakistanaise musulmane, elle peut établir un lien de confiance avec des patientes qui pourraient autrement hésiter à consulter. Cette représentation est essentielle pour briser les barrières culturelles et linguistiques qui empêchent de nombreuses femmes d’accéder à des soins appropriés.

Questions fréquentes sur la santé des femmes

Comment aborder le sujet des règles avec une jeune fille ?

Il est essentiel d’aborder le sujet avant les premières règles, vers 8-10 ans, avec un langage simple et positif. Expliquer que c’est un processus naturel et sain, et non quelque chose de sale ou honteux. Utiliser des ressources adaptées à son âge et répondre à toutes ses questions avec honnêteté.

Pourquoi certaines cultures ont-elles autant de tabous autour de la santé féminine ?

Ces tabous trouvent souvent leur origine dans des croyances ancestrales, des interprétations religieuses, et des structures patriarcales qui cherchent à contrôler le corps et la sexualité des femmes. Ils persistent parce qu’ils ne sont pas remis en question et sont transmis de génération en génération.

Comment surmonter la honte associée à des problèmes comme l’incontinence ou les douleurs pelviennes ?

Comprendre que ces conditions sont médicales et courantes, et non des sujets de honte. Parler à d’autres femmes qui vivent des expériences similaires peut aider à normaliser ces problèmes. Consulter un professionnel de santé est essentiel, car des traitements efficaces existent.

Que faire si ma culture interdit de parler de certains sujets de santé ?

Chercher des informations auprès de sources fiables en ligne, consulter un professionnel de santé en privé, ou trouver des groupes de soutien en ligne qui respectent l’anonymat. Petit à petit, on peut aussi ouvrir le dialogue au sein de sa famille en abordant le sujet sous l’angle du bien-être général.

L’avenir de la santé des femmes : espoirs et défis

Malgré les obstacles, le Dr Nighat reste optimiste quant à l’avenir de la santé des femmes. Elle constate une prise de conscience croissante, notamment grâce aux réseaux sociaux et aux plateformes en ligne qui permettent aux femmes de partager leurs expériences et de trouver du soutien. Les nouvelles générations sont plus disposées à remettre en question les tabous et à revendiquer leur droit à une santé optimale.

Les défis restent cependant considérables. Les inégalités d’accès aux soins persistent, tant entre les pays qu’au sein des pays. Les femmes issues de minorités ethniques, de milieux défavorisés, ou vivant en zone rurale rencontrent des obstacles supplémentaires pour obtenir des soins de qualité. La recherche médicale continue de négliger les spécificités féminines, avec des études souvent menées principalement sur des sujets masculins.

Le rôle de chacun dans ce changement

Chacun peut contribuer à améliorer la santé des femmes, qu’il soit professionnel de santé, enseignant, parent, ou simplement membre de la société. En parlant ouvertement de ces sujets, en écoutant sans jugement les expériences des femmes, en soutenant les organisations qui œuvrent pour la santé féminine, et en militant pour des politiques sanitaires plus équitables, nous pouvons collectivement faire évoluer les mentalités et les pratiques.

Le parcours du Dr Nighat, de son enfance au Pakistan à sa pratique médicale en Angleterre, illustre de façon poignante les défis auxquels font face les femmes en matière de santé. Les tabous culturels, les inégalités systémiques, et le manque d’éducation continuent d’entraver l’accès à des soins appropriés et d’alimenter la souffrance silencieuse de millions de femmes.

Pourtant, son histoire est aussi celle d’une résilience remarquable et d’un engagement indéfectible à faire évoluer les mentalités. En partageant son expérience, en éduquant sa communauté, et en militant pour une approche plus inclusive et respectueuse de la santé féminine, elle contribue à briser les chaînes du silence et de l’ignorance. Son message est clair : il est temps de reconnaître la santé des femmes comme une priorité essentielle, d’investir dans la recherche et les soins adaptés, et de créer un environnement où chaque femme peut parler de son corps sans honte ni crainte.

Si cet article vous a interpellé, partagez-le avec les femmes et les hommes de votre entourage. Engagez la conversation sur la santé féminine dans votre famille, votre communauté, votre lieu de travail. Chaque dialogue ouvert, chaque question posée, chaque tabou brisé contribue à créer un monde où la santé des femmes sera enfin reconnue, respectée et priorisée.

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